auto-édition cette année


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 la faute à souchon version numérique acheter le livre.
(numérique tarif très décent)
Papier : 19 euros.
au piano

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29 : au piano

Marjorie s’installe au piano.
Je suis emporté.
D’abord il faut que je te dise. Je n’ose pas. J’ai le temps, finalement...
J’aurais aimé apprendre le piano.
Mais non. Le piano c’est pour les riches et en plus pour les filles. On t’a acheté un ballon pour Noël...
J’avais dix ans, j’ai donc joué au football...
Je suis emporté, les pensées débordent, je me sens trop sensible, envie de pleurer. Mais je serais incapable d’expliquer pourquoi. Je me sens bien, simplement. Une vie comme ça. Avec Marjorie. Ça doit être ça, le bonheur...

Trouver le bonheur en soi, et un peu plus avec Toi...

Amour. Une chanson au sous-entendu évident : « je t’aime ». Je souris. Je ne serai pas hors sujet : la résilience, c’est aussi de pouvoir vivre vraiment. Malgré tout, pouvoir aimer...

Tu sais, je t’aime.
Oui, elle doit savoir. Elle joue. Ça fait quoi, à une fille comme ça, de se savoir observée, désirée, aimée ?
Croit-elle encore en l’Amour ?

On parle de l'Amour
Qui ne serait plus
Qu'une vulgaire chasse à courre
Un jeu pratiqué nu

Il faut que j’écrive ça. Marjorie joue. Je la fixe. J’écris « en aveugle »...

On parle de l'Amour
Qui ne serait plus
Qu'une vulgaire chasse à courre
Un jeu pratiqué nu
On joue à l'amour
Elle sourit. S’arrête.
- Ça t’inspire ?
- Tu veux bien continuer, Marjorie...

Mais les rues sont pleines
De gens qui comme moi
N'ont dit qu'une fois
Tu sais, je t'aime

Je pose le papier par terre, heureux d’avoir écrit ça.
- Tu me lis ce que tu as écrit.
- Je ne sais pas si je vais oser !
- C’est donc hors sujet ! ...
- La résilience, ça peut être aussi A la fin on doit commencer à aimer pour ne pas tomber malade.
- Je ne pensais pas rencontrer un lecteur de Freud ici !
Je regrette déjà cette phrase : je ne peux pas avouer, là, comme ça, n’avoir lu, de Freud, que quelques citations.
Lire pour éviter Sigmund...

On parle de l'Amour
Qui ne serait plus
Qu'une vulgaire chasse à courre
Un jeu pratiqué nu
On joue à l'amour

Mais les rues sont pleines
De gens qui comme moi
Ma voix s’enraye.
N'ont dit qu'une fois
Tu sais, je t'aime
- C’est cette musique qui t’a inspiré ça ?
Lire fut trop difficile. Je me sens vidé, ne peux même pas répondre « pas que la musique »... Je la regarde, souris, lui tends le papier. Marjorie joue et chante...

- Tu en penses quoi ?
- On a bien mérité une pause.
- Tu préfères pas essayer de terminer le texte ?...
- Tu veux d’autres couplets. Trois couplets un refrain, puisqu’il paraît qu’une chanson ça s’écrit comme ça !... je te l’avoue, je n’y connais pas grand-chose à la chanson ! je préfère les écrivains. Mais se limiter à trois couplets et un refrain bien ré
Guliers, c’est Gilbert Laffaille, je sais pas si tu connais, qui m’a écrit ça...
- Tu as été pistonné par Laffaille ?
- Il vit à Montauban depuis peu. Mais il n’a pas l’air d’être un proche de Cabrel. Je l’ai croisé en septembre à Périgueux. Je lui ai montré trois textes, comme j’aurais sûrement fait avec n’importe quel autre chanteur ! Mais je suis bien tombé. Un jour
J’ai reçu une longue lettre. Où il me recadrait. Un peu. De manière très pédagogique, il m’expliquait que mes textes n’étaient pas vraiment de la chanson mais que si je voulais en écrire, j’y arriverai... Et j’ai été sélectionné avec des textes encore pi
Res que cela !
- Tu connaissais quelqu’un ici avant ?
- J’ai essayé de fayoter, quand je suis allé les voir à Gourdon, c’est dans le Lot, pas loin de chez moi, ils m’avaient alors donné un dossier. Je leur avais payé une bière le soir... et j’étais allé à Périgueux parce que j’avais su que Jean-François éta
It dans le jury de la Truffe.
- C’est quoi ça ?
- Un concours de chansons... où on connaît le nom du vainqueur avant... Puisqu’une spectatrice l’avait annoncé... elle vient à chaque fois aux rencontres, on devrait donc la voir samedi. Je l’avais croisée aussi à Gourdon. Elle suit l’équipe comme elle d
It... Mais comme j’ai l’habitude d’oublier les prénoms je ne sais plus le sien...
- Moi c’est Marjorie...
- Et tu as été pistonnée ?...
- Comme d’habitude !... je me demande toujours, quand je suis retenue quelque part, si c’est pour mon physique ou ma musique...
- C’est pour ça, que le mot « Amour », te fait... peur ?...
- C’est pas qu’il me fasse peur... c’est un mot intéressant pour les romans, les chansons, le théâtre... mais dans la vie... ce serait plus clair si plutôt que de baratiner « je t’aime » les mecs osaient « j’ai envie de te baiser »... ça te surprend que
Je puisse aussi parler crûment...
- J’ai longtemps cru, moi aussi, qu’il n’y aurait plus d’amour dans ma vie...
- Et tu as changé d’avis !
Que répondre ! J’étais incapable de répondre. Je souris.
- Et je suis venu à Astaffort... et j’aimerais bien faire un album avec toi !
- Tu as écrit un couplet un peu court, un refrain, et tu penses déjà à un album ! tu as entendu, les chansons, mercredi c’est fini ! c’est la sélection et ensuite, préparation du spectacle !...
- Et mercredi soir les auteurs ne servent plus à rien... et cinq cents kilomètres nous sépareront rapidement... mais je vis seul dans une grande maison et je t’y accueille volontiers ! (je pense : comment ai-je osé dire ça ?)
- Tu as proposé la même chose à Nathalie ?
- Tu poses donc parfois des questions dont tu connais la réponse.
- Les mecs te disent toujours qu’il n’y a que toi qui comptes.
- Et tu crois pas, qu’une fois de temps en temps, ça arrive... je vivais dans le Nord, près d’Arras. J’étais cadre. Je vivais en couple, marié même. Puis elle a eu un accident de voiture. Une page s’est tournée, que je croyais définitive. Au début, c’éta
It sûrement logique, que je les prenne pour des sales types, ceux qui me conseillaient un peu de distraction. Puis j’ai pris ma retraite dans le sud. Pas très loin d’ici, à la campagne. Et ne voir personne me va. J’ai découvert la littérature. Je me croy
Ais devenu sentimentalement insensible. Je sortais quand même un peu. Les caissières parfois sont mignonnes, les bibliothécaires aussi... mais personne qui fasse le poids par rapport à une page de Balzac, je me sentais tellement loin, comme si la littéra
Ture m’entraînait chaque jour un peu plus loin des humains... Toi au départ, je t’ai immédiatement trouvée attirante, là je crois ne pas être le seul. Mais c’est ton regard. Ton regard dit d’autres choses...
- Il dit ?
- Que tu es devenue misanthrope à force de côtoyer des crétins !
- Quand deux résilients misanthropes se rencontrent à Astaffort...
Toc. Toc. Toc.
- On vous dérange pas...
- Il nous manque deux couplets pour avoir une chanson.
- On peut entendre...
La tournée Cabrel-Seff.
Ont-ils écouté avant de frapper ? Marjorie chante et cette question me tambourine entre les oreilles.
Un quart d’heure. L’envie de les virer. Au bon prétexte qu’avant d’oser distiller des conseils, il convient d’avoir écrit des choses décentes.
Marjorie résumerait ma pensée par la citation d’une interview de William Faulkner : le bon artiste, c’est celui qui croit que personne n’est assez bon pour pouvoir lui donner un conseil.

- Tu crois qu’ils ont écouté avant ?
- Franchement... je m’en fous. Et de tous les producteurs de la terre aussi ! Je crois ne pas être faite pour la chanson... Je suis désolée, ce n’est pas avec moi que tu feras un album...
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Je suis désolée, je suis comme ça.
- Marjorie ?
- Oui.
- Je peux te poser une question ?
- Mais je ne suis pas obligée de répondre.
- Pourquoi tu ne crois pas en la résilience pour toi ?
- C’est ce qui te semble le plus important ?
- Oui, car c’est ce qui t’empêche de croire en l’avenir.
- C’est quoi, l’avenir ?
- Du présent, plus du présent, plus du présent. Et même du présent intéressant !
- J’avais huit ans quand ma soeur est morte. La mort subite du nourrisson. Après, tu ne vois plus les choses de la même manière.
J’étais assis par terre. Ma tête s’est basculée en arrière. Contre le mur. Des larmes se sont tellement agglutinées sur le bord des paupières, qu’elles ont coulé. Je croyais pourtant avoir « évacué » le passé...
- Ça ne change rien d’essayer de te mettre à ma place.
- Gwenaëlle était enceinte de sept mois quand elle a eu cet accident.
- Et tu peux encore croire en la vie ?
- Et même en l’amour... Tu n’es pas une fille superbe que j’ai envie de... je te sens différente. Comme une affinité spirituelle... peut-être qu’il faut du passé similaire pour avoir une chance...
- Affinité spirituelle... on m’a déjà dit ça aussi...
- Et tu crois que ton présent ne peut être que la répétition de ton passé, que si je te dis des mots que tu as déjà entendus, c’est avec des idées aussi pourries que ceux qui les ont prononcés pour te piéger...
- Ça pourrait te jouer des tours, de te confier comme ça... J’en sais beaucoup sur toi, mine de rien... et certaines personnes n’hésiteraient pas à utiliser certaines faiblesses que tu montres ainsi...
- La solitude ne me fait pas peur. Je peux vivre seul. Mais au-dessus de la solitude, je croyais qu’il ne pouvait rien y avoir... et... et il y a toi.
- Ça on ne me l’avait jamais dit... excuse-moi, je suis parfois cynique. Mais c’est pour me protéger. Il me faudra sûrement du temps pour...
Trois mètres nous séparaient. Je n’osais pas me lever. Je pensais : là, si nous étions côté à côté, peut-être ... mais si ce n’est pas maintenant, ça risque d’être jamais...
- Je crois qu’on ne terminera pas cette chanson ce matin. Tu m’excuses, je vais aller marcher un peu...
- Et si je te propose de t’accompagner ?
- Je crois que tu comprends, j’ai besoin d’être seule.
Marjorie sort. Je reste figé. L’impression « qu’un temps fou » s’écoule. Je cours.
- Marjorie !
Non, seulement quelques secondes... Marjorie quittait juste le couloir. Elle rouvre la porte, sourit. Je m’approche.
- Faut que j’te dise. Garde toujours une main sur ton verre, ou un oeil dessus.
- Qu’est-ce que tu dis ?
Je lui raconte.
- J’ai ce réflexe depuis longtemps. Je sais qu’il faut être méfiante... Je ne dis pas cela pour toi... Je pense que je ne me serais pas faite avoir... mais... merci.

Pourquoi, encore, quelques larmes... Trop sensible ? L’idée qu’il pourrait ne rien se passer entre nous, l’idée qu’il peut TOUT arriver ? Sûrement deux causes pour une conséquence.




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